Interrogations

Pourquoi faut-il toujours qu’aimer soit douloureux
Que, sans souffrir un peu, on ne puisse être heureux,
Que, derrière tout bonheur, se cache le malheur
Comme si félicité rimait avec aigreur ?

Pourquoi faut-il encore que tu fermes ton cœur,
Que, désespérément, tu ailles chercher ailleurs
Ce qui te tend les bras alors que bien des femmes
Auraient depuis longtemps succombé sous sa flamme?

Pourquoi faut-il qu'il n'aime, parmi toutes ces dames,
Que précisément celle qui, torturant son âme,
Lui faisant pressentir des lendemains sublimes,
Lui interdit alors des espoirs plus intimes ?

Pourquoi lui refuser l’ascension de tes cimes
Lui qui a tant rêvé cette aventure ultime ?
Pourquoi faut-il sans cesse que tu mentes à toi-même
Que tu ne t’avoues pas follement que tu l’aimes ?

Pourquoi sur sa passion jeter des anathèmes
Qu'il doit tous conjurer chaque fois par des poèmes ?
Pourquoi tant de ravages, pourquoi cette souffrance
Et qui, de son amour, peut croire ton insouciance?

Pourquoi cette attirance, pourquoi son impuissance,
Pourquoi le condamner à autant de patience ?
Pourquoi enfouir si vite des sentiments si forts
Que vous partagerez tous deux après la mort ?

Pourquoi tous ces sonnets, pourquoi ces vains efforts
Et pourquoi y chercher un peu de réconfort ?
Pourquoi tant de labeur et tant d’abnégation ?
Pourquoi poursuivre sans fin cette folle obstination ?

Mais je crois maintenant connaître la raison
Des voies crépusculaires qu’emprunte la passion,
La douleur inhérente aux amoureux transis
Est le lit consacré de toute poésie.

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