Carpe diem

Voguant désemparée en rêves erratiques,
Mon âme est déchirée au sortir de l’été,
Et déjà se profile l’hiver catatonique,
M’étreignant lentement d’une froide morosité.

Et inlassablement me viennent en mémoire,
Les mots que j’ai couchés sur le papier glacé
D’un livre de chevet, compagnon de mes soirs,
Le confident muet de mes amours passés.

Je savoure ces moments de pure félicité,
Merveilleux désespoirs et délicieux tourments,
Où le temps, suspendu toute une éternité,
Inflige à ma folie le plus doux châtiment.

Comme un mauvais présage, et dans le même instant,
Alors que ma passion caresse des cimes augustes,
S’envolent sous mes yeux et mes bras impuissants
Deux âmes innocentes frappées d’un sort injuste.

La terrible évidence, dans toute son horreur,
En me broyant le cœur, me laisse atterré :
Pouvons-nous gaspiller ainsi notre bonheur
Qui peut à tout moment nous être retiré ?

Comme un bourgeois repu, rassasié, écœuré,
Désemparé devant des ventres affamés,
Confusément honteux, je pleure désespéré
Sur tous les malheureux que l’on ne sait aimer.

Sommes nous si puissants pour pouvoir refuser
Le merveilleux présent que jette le hasard,
En emmêlant nos routes, dans nos bras médusés,
Lui qui, par habitude, est trop souvent avare ?

Et quand enfin Vénus, dans ses folles largesses,
Daigne étendre son voile sur nos âmes éplorées,
Et généreusement nous couvrir d’allégresse,
Doit-on la mépriser ou bien pire l’ignorer ?

Mon amour est la rose, qui fleurit en décembre,
Qui se moque du froid et se rit de la glace,
Il enferme en son sein, comme dans un morceau d’ambre,
Mes pensées enflammées, la fleur de mes audaces.

Et cette efflorescence, un temps inespérée,
Farouche sentinelle en plein cœur de l’hiver,
Veille assurément l’éveil prématuré,
Sous le froid manteau blanc, des premières primevères.

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