Il existe entre nous un monde de silence
Où, au delà des mots et au delà des cris,
Ton regard à lui seul me murmure ce que pense
Ton âme déchirée de nos amours meurtris.
Et ce vide palpable masque l'effervescence
Et le bouillonnement de nos pensées intimes,
Sous un calme apparent se cache une violence,
Qui de nos flammes n'en est que l'expression ultime.
Quand de ce fol amour, je bois sa quintessence
J'ose espérer alors, en des temps prophétiques,
Souffrir et ressentir toute son incandescence,
En étanchant ma soif à sa source volcanique.
Des ondes souterraines, poursuivant leur errance,
Unissant à jamais nos deux cœurs désunis,
Forment dans l'invisible l'indéfectible alliance
Qui se moque du temps dans l'éther infini.
Et nos corps esseulés, initiant une danse
Au milieu d'une foule anonyme et hostile,
Mus par un fluide étrange, lentement entrent en transe,
Pourtant aux yeux du monde, ils paraissent immobiles.
Cette sourde fascination, cette sublime attirance
Qui saisit nos deux êtres et qui nous hypnotise,
Fait naitre dans mon cœur une vive espérance
Qui ne peut exulter et qui me paralyse.
Car je vois dans tes yeux de cruelles exigences
Qui sont pour moi autant d'infranchissables écueils,
Qui, s'ils ne conduisent pas tout droit à la démence,
M'entrouvrent résolument la chape de mon cercueil.
Et tu lis dans les miens cette désespérance
Que tu aurais voulu n'y jamais percevoir,
Ne comprenant qu'elle n'est que pure transcendance
D'une douleur indicible qui ne sait t'émouvoir.
Car tu ne peux comprendre, que par son arrogance,
Qu'un homme de mon âge puisse aimer la jeunesse,
Chercher dans la fraicheur comme une délivrance,
Le sésame magique à ses moindres faiblesses.
Si le silence pouvait apaiser ma souffrance,
Je serais le premier à crever mes tympans,
Mais il résonne en moi avec trop d'insistance
Et siffle dans ma tête pareil à des serpents.
Silences
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